Nous avons une petite tradition avec mes collègues rencontrés à l'iufm ; nous essayons de nous retrouver après chaque vacances pour un resto (alors je précise pour arrêter net tous les fantasmes, c'est bien souvent des restos du type pizzeria hein, faut arrêter de croire qu'on est pêtés de tunes).

Je vais m'attarder ici, à faire une petite étude pseudo-sociologique de l'individu instit'.
Si, si ya de quoi faire tourner le moulin.

J'ai beau n'avoir que 23 ans, j'ai déjà exercé pas moins de 5 job différents (caissière, serveuse, tartineuse de rats...).
Et bien, outre le taux horaire, la plus grosse différence pour moi entre ces job et le métier d'instit' tient dans le fait qu'on est instit' 24h/24.
Je veux dire par là que :
quand t'es caissière, à 20h30 quand tu quittes le supermarché, t'as mis ta vie de caissière au placard en même temps que le gilet rouge immonde qu'on t'oblige à porter,
quand tu vends des hamburgers toute la journée, bah ça te travaille pas le soir de savoir si t'aurais mieux fait de mettre le coca à droite ou à gauche du plateau,
quand t'es serveuse, tu cauchemardes pas au moins une nuit par mois que tu vas tout renverser le plateau sur la tête des clients,

Bref, ce n'est pas le genre de métier qui te colle à la peau, qui monopolise toutes tes réflexions, qui te file des angoisses profondes la nuit. Alors que prof oui.
Ya plein de blagues sur le fait qu'il existerait des hôpitaux psy spécial prof, bah cherchez pas plus loin. Moi je le conçois parfaitement.

Il n'y a que les instit' pour réfléchir lors d'une visite de musée à ce qu'ils pourraient en faire en reprenant le travail,  ya que les instit' pour réfléchir pendant des heures aux mots exacts qu'ils vont utiliser pour donner une consigne, il n'y a que les instit' pour se faire un sang d'encre pendant leurs vacances au sujet d'un enfant qu'ils savent en danger au sein de sa famille...

Voilà pourquoi les intit' ont tant  besoin de parler de leur métier, que "une fois qu'ils sont lancés sur leurs élèves, ils saoulent pendant des plombes".
C'est aussi pour cette raison que j'aime beaucoup nos réunions au resto, c'est une vraie bouffée d'air.
On se sent écouté, compris et soutenu. On se sent plus normal, on partage nos galères, on relativise, on se conseille...

J'espère que l'on va continuer encore longtemps et je songe à faire grève pour qu'on nous rembourse ces soirées ..
Bah oui, je viens de le dire : c'est d'utilité publique !

PS : je voudrais rajouter une mention spéciale pour tous les compagnes et compagnons de prof, qui sont en général très compréhensifs et supportent de bon gré nos conversations à rallonge autour d'un thème unique
et qui essaient toujours de faire de leur mieux pour paraître interessés.